Lorsque j’ai lu à propos des francophones qui décrient le manque de service en français dans le nouveau casino récemment ouvert à Moncton, je savais que cela sera un autre débat sans fin.
Il est toutefois bizarre que la gestion du casino n’ait pas pris la peine de franciser ses services. L’établissement est subventionné par des fonds du gouvernement provincial du Nouveau-Brunswick, la seule province officiellement bilingue au Canada. Le français et l’anglais doivent aussi avoir une part égale au pays, ou du moins au gouvernement fédéral, un droit que protège la Constitution canadienne. Il est surprenant que personne ne semble avoir averti à Toronto les dirigeants du casino, ou il est possible que ces personnes ont ignoré cette obligation.
Lorsqu’on parle du bilinguisme, ou plutôt de son absence, j’entends souvent la même histoire du côté des francophones. Ils encouragent les leurs de se battre. Ils croient dur comme fer que les irréductibles Anglais tentent de les assimiler. Peut-être ce qu’il ne savent pas est que les anglophones ont des craintes similaires.
Le tout se résume en une croyance partagée par la plupart des gens de chaque côté : puisque nous sommes un pays bilingue, nous devrons pouvoir y vivre qu’avec une langue sans apprendre l’autre. Voilà une attitude complètement ridicule !
D’après moi, il s’agit du contraire. Dans un pays officiellement bilingue, il serait préférable de maîtriser ses deux langues. Certainement, il y a quelques exceptions, dépendant des réalités linguistiques de chaque région. La Péninsule acadienne est presque totalement francophone alors que plus de la moitié de Vancouver et de ses environs parlent une langue de l’Asie occidental. Alors là, une certaine flexibilité aux règles est nécessaire.
Lorsqu’un client demande le service dans la langue de son choix, l’employé a besoin d’être bilingue afin de respecter cette demande. Mais, sommes-nous pas tous des clients et des employés ? Même si une personne veut se faire servir dans la langue qu’elle préfère, elle aura un jour l’obligation de servir quelqu’un dans la langue de son choix, pas de la sienne. Cette réalité s’applique très bien aux deux populations linguistiques majeures du pays.
Souvent, les personnes qui se plaignent du manque de respect envers le bilinguisme sont celles qui ne veulent pas apprendre l’autre langue ou qu’elles ne veulent pas la mettre en pratique. Quelle hypocrisie ! Il est bien plus simple d’apprendre une langue pour soi-même que de forcer une population entière à apprendre l’autre. Ces personnes sont souvent gênés ou ont peur de faire des faux pas. La plupart d’entre eux ne risquent pas de sortir de leur région natale, afin de ne pas avoir à parler une autre langue. Malheureusement, ces gens ratent cette chance d’exploiter un des meilleurs outils de communication de l’humanité : le langage. C’est fou les chances qu’on met de son côté lorsqu’on apprend plusieurs langues !
Ce qui me choque le plus, c’est que la plupart des francophones que je connais sont contre les Anglais, même au point de les détester. Ils reprochent les coups durs qu’ils nous ont fait dans le passé. La perte du Canada, la déportation, etc. Ne savent-ils pas que les Anglais d’aujourd’hui n’avaient pas leur mot à dire en 1755 ? Même les Anglais de ce siècle n’avais pas le choix de faire leur travail qui leur a été demandé. Certains d’entre eux ont même écrit dans leur journal qu’il étaient peiné de déporter les Acadiens, de les priver de leurs biens et de leurs terres et de briser des familles. Il y a bien des actions déplorables que nos ancêtres ont fait dont lesquels nous n’en parlons jamais. Saviez-vous qu’un 1066, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant avait conquis l’Angleterre ? Cette invasion à forcé la langue française a être utiliser en cours et a changé la langue Anglaise à ce qu’il est aujourd’hui, avec une vocabulaire maintenant composé de 60% de mots d’origine française. Cette page d’histoire est avant la conquête du Nouveau Monde, mais il s’agît toutefois d’une autre friction entre les Anglais et les Français, nos ancêtres.
Dans le cas du nouveau casino, les francophones se plaignent du manque de service en français. Cependant, avant son ouverture, plusieurs francophones allaient au casino anglophone en Nouvelle-Écosse. Aussi, lorsque les machines à poker étaient permisses dans les dépanneurs, ils étaient tous uniquement en anglais. Même les machines dans les bars de la Péninsule sont de cette sorte. Alors, qu’elle est la différence ? Lorsque j’ai gagné un petit lot dans le casino à Ottawa, je vous assure, la langue importait peu. (Malgré que ce casino offre aussi le service en français. Il ne faut que le demander.)
Les francophones critiquent souvent le manque de français dans certains établissement, mais il ne parlent jamais des cas où ils ont reçu un excellent service en français. Je crois qu’on a besoin plus de bonnes exemples que de critiques, afin d’encourager le bilinguisme. Il m’est arrivé une fois de demander le service en français dans une pizzeria à Dieppe. (Je ne sais pas pourquoi je l’avais demandé. Simple curiosité, peut-être.) Lorsque le serveur m’a poliment dit en Anglais qu’il allait trouver un francophone pour moi, je lui avait dit de laisser tomber. Il m’assurait sans cesse que ça ne serait pas un problème et je lui répétait que je n’avais pas de problème en Anglais. Voilà qu’on se battait alors que la situation était en ma faveur. J’ai vécu plusieurs cas où les Anglais étaient d’accord avec le status quo des francophones. J’ai rencontré un anglophone à Moncton qui croyait que les francophones devraient recevoir des excuses de la Reine d’Angleterre, une autre à Ottawa m’a dit qu’elle était en faveur du bilinguisme et un de mes ex-colocataires de la Nouvelle-Écosse aimait beaucoup la langue française et qualifiait le Québec « la belle province. »
Dans la Péninsule, les francophones sont très chanceux. Le français a l’exclusivité dans la région. Il est rare que j’y ai vu une affiche bilingue. Ou est la terrible assimilation anglaise dans ce cas ?
Puis les personnes qui parlent une langue autre que les deux langues officielles ? Qu’est-ce qu’on fait avec eux ? Ce ne sont pas que des immigrés, pourtant. Les gens des Premières nations étaient au Canada bien avant nous !
J’habite au Japon. Pensez-vous que je demande le service en anglais ou en français ? Absolument pas. Je suis ici, donc j’apprend le japonais. Ça fait de l’exercice pour ma langue, en tout cas. Mais, j’ai été surpris d’avoir été servi en anglais à quelques reprises, question pour mon interlocuteur d’enfin pouvoir pratiquer sa deuxième langue. Je me suis même fait servir en français une fois à Hiroshima ! La langue officielle ici est évidemment le japonais, mais avec tous les immigrés ici, comme moi, un bon nombre de Japonais ont fait un effort de parler une langue que je puisse parler sans difficulté. La preuve que l’Anglais, grâce au Commonwealth, est l’une des langues les plus parlées, et l’une des plus apprises, du monde.
Je pourrais discuter du sujet pendant des heures. Ma seule solution est d’apprendre des langues. Peut importe ou vous êtes dans le monde, maîtriser une deuxième langue est toujours avantageux et ça facilite beaucoup les choses.