Le Français au Japon

Café de Bore

Étant un Acadien au Japon, en ce jour de la Saint-Jean célébré par les Québécois, laissez-moi vous parler un peu des langues de mon entourage.

Avant de venir vivre ici, j’ai vécu à Moncton et à Ottawa pendant une dizaine d’années. Ces deux villes ne sont pas très grandes ou très urbanisées, mais ce sont des points de rencontres importants où les deux communautés linguistiques majeures du Canada ont chacun une présence très forte. On peut rarement passer une journée à Moncton, Dieppe, Riverview, Ottawa, ou Gatineau, sans témoigner ou faire parti d’un échange en Français et en Anglais ou entendre une discussion au sujet de ces langues.

Lorsque je suis venu au Japon, j’avais l’idée en tête que le pays était uniformément unilingue, avec les citoyens ne parlant et ne voulant parler que le Japonais. Si une langue étrangère devait entrer en jeu pour une situation bilingue, ça devrait être l’Anglais, la langue décrite comme « langue internationale » dans les écoles japonaises. Je croyais que ma langue maternelle n’aurait aucune importance ici.

C’est souvent vrai, mais c’est souvent faux aussi.

Vivre à Tokyo et ses environs, c’est de faire partie d’un carrefour où les traditions japonaises s’entremêlent avec les valeurs des gens de tous les coins du globe. Les langues font aussi parti de ce creuset de brassage culturel qu’en a fait cette grande région urbaine.

Il est vrai que la plupart des Japonais que je rencontre ne parlent que le Japonais. Le bilinguisme ici veut habituellement dire le Japonais et l’Anglais, comme on le constate parmi la popularité des expressions et des traductions anglaises qui accompagnent l’écriture japonaise sur les affiches. Plusieurs jeunes Japonais apprenant l’Anglais : certains par curiosité, certains par vouloir et d’autres à contre-cœur; un peu comme mes camarades de ma classe d’Anglais à l’école.

Toutefois, il y a toujours exception à la règle. Il m’est arrivé de rencontrer des Japonais et des Français ne pouvant que parler le Français et le Japonais. Il y a bel et bien des étrangers venant au Japon pouvant parler très bien le Japonais sans pouvoir dire un mot d’Anglais. Il y a aussi des Japonais qui veulent apprendre une langue seconde qui n’est pas l’Anglais. J’ai même rencontré un traducteur japonais d’Ottawa en visite à Tokyo qui avait corrigé une francisation de mon Anglais.

"coliss"
Non, il ne s’agît d’un mot vulgaire du Français canadien, mais bien d’une transcription stylisée du mot japonais «korisu» (小りす) signifiant « petit écureuil ».

D’ailleurs, je crois utiliser mon Français plus souvent à Tokyo que lorsque j’étais à Moncton ou à Ottawa, même lorsqu’on met à part mes tentatives de compréhension du Français utilisé sur les enseignes de boulangeries, de restaurants et de coiffeurs. Alors que je parle le Japonais et l’Anglais au travail ici, je parle uniquement en Japonais avec ma fiancée et ses amis, et j’utilise souvent mon Français pendant mes sorties.

Personellement, dans les mots les plus simples, je peux dire que je parle le français, l’anglais, et le japonais. Mais avec tous les endroits où j’ai vécu, mes langues se sont transformées en absorbant les différents mots et expressions des dialectes qui m’ont entourés. Mon Français a été touché par les Acadiens de la Péninsule, le chiac de Moncton, les Québécois de Gatineau et d’Ottawa, et maintenant par les francophones européens, africains et canadiens que je rencontre à Tokyo. Mon Anglais canadien a été affecté par les Américains, les anglophones du Royaume-Uni et du reste de l’Europe. Mon Japonais qui sonnait comme un cahier d’étude auparavant a prit vit par les accents de Saitama, de Nagoya, et d’Osaka.

Un drôle de mélange de langues, en tout cas.

On sait jamais où la connaissance d’une langue peut nous amener, qu’elle soit la plus parlée de l’endroit ou non. Je suis content de pouvoir parler mes trois langues. Ma fiancée unilingue, curieuse des cultures étrangères, est très heureuse d’épouser un homme trilingue. Elle croit qu’elle apprendra de mon savoir en vivant avec moi : ce que j’espère !

Cela dit, croyez-moi, la variété linguistique est toujours un talent fantastique.

Sur ce, à tous mes amis québécois, je vous souhaite une bonne Saint-Jean !

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